La Strada organisera en collaboration avec le secteur bruxellois de l'aide aux sans-abri et de nombreux partenaires, la 4eme édition de son dénombrement des personnes sans abri et mal logées en Région de Bruxelles-Capitale.

1 Mission

Dans le cadre de la  mission que la Cocom lui a confiée, la Strada organisera en collaboration avec le secteur bruxellois de l'aide aux sans-abri et de nombreux partenaires (associations et services secteurs connexes, services publics, experts de vécu, ...), la 4eme édition de son dénombrement des personnes sans abri et mal logées en Région de Bruxelles-Capitale. Il s'agit d'une tentative de répondre à la question récurrente du nombre de personnes sans abri et de son évolution en vue d’une meilleure évaluation des besoins.

Pour la première fois, il ne s'agira plus d'un dénombrement isolé mais de deux dénombrements: un premier en automne, avant l'ouverture du dispositif hivernal (7/11/2016 – date à confirmer) ET un deuxième en hiver, pendant l'ouverture du dispositif hivernal (6/03/2017 - date à confirmer).

Etant données la crise de l'accueil des réfugiés et les interconnexions avec l’aide aux sans-abri, nous veillerons à associer et inclure le secteur de l'aide aux migrants dans notre démarche. Les catégories Ethos "Typologie européenne de l'exclusion liée au logement" prises en compte dans le dénombrement incluront, cette fois, la catégorie 5 :« personnes en hébergement pour immigrés »1.

2 Pourquoi dénombrer ?

Le dénombrement est un des instruments visant à une meilleure connaissance du sans-abrisme. Il vise à produire une photographie instantanée de la situation, et notamment de celle la plus méconnue (de la rue, des squats, etc.) Cette image offre une vision globale de la distribution des différentes formes d’absence et/ou de mal-logement en Région bruxelloise.

Les dénombrements successifs (2008, 2010, 2014) n’apportent pas de solution à la problématique du sans-abrisme mais permettent de:

  • Obtenir des données chiffrées récentes et observer l’évolution de la situation.

  • Mieux prendre en compte les personnes sans abri et mal logées qui sont peu visibles en Région bruxelloise.

  • Donner une visibilité aux situations de vie de ces personnes et à leurs besoins.

Pour ce faire, la Strada fait appel à des professionnels et des volontaires issus des structures publiques ou associatives d’aide aux personnes sans abri, ainsi qu’à des experts de vécu quand cela est possible. La Strada compte sur leurs expertise et collaboration pour :

  1. l’identification des localisations géographiques précises où les personnes sans abri séjournent durant la nuit. La Strada pourra recenser ces lieux sur des cartes et délimiter de zones pour le dénombrement.

  2. participer au dénombrement. Pour couvrir les 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale, nous devons pouvoir compter sur 150 volontaires minimum.

  3. la transmission de données concernant le nombre de personnes qui font usage des services d’accueil et résidentiels (aide aux sans-abri et aide aux migrants).

  4. la réalisation d’une pré et post-enquête avant et après le dénombrement pour réduire les risques de double comptage et rassembler des informations sur le sans-abrisme «caché », plus particulièrement en logement précaire (chez amis ou famille) ou inadéquat (insalubre ou inapproprié).

3 Méthodologie

Les catégories prises en compte lors du dénombrement 2016

Rappelons que le dénombrement des personnes sans abri consiste en la récolte de deux types de données: les chiffres des structures d'hébergement et d’accueil résidentiel d'une part (centres d'accueil de nuit, centres d’hébergement d’urgence ou de crise, maisons d'accueil, structures d'hébergement non-agréées, occupations négociées, structures et initiatives pour demandeurs d’asile etc.), et le comptage nocturne des personnes dormant en rue d'autre part. Le premier type de données chiffrées, concernant les personnes qui sont hébergées, est récolté avec le soutien des fédérations. 

Pour cette quatrième édition, la Strada s’appuie à nouveau sur la typologie ETHOS (European Typology on HOmelessness and Housing Exclusion) de la FEANTSA2 (Fédération Européenne d’Associations Nationales Travaillant avec les Sans-Abri).

Cette typologie dépasse les seules situations de sans-abrisme de rue ("street homelessness") et ambitionne d'englober toutes les situations d'exclusion du logement. En effet, aux situations d'absence de logement (séjour en rue, accueil d’urgence, hébergement pour personnes sans abri, …), s’ajoutent les cas de figure où les personnes ne disposent pas d'un "logement" ("home") régulier au sens entendu par la FEANTSA :

"Avoir un logement” peut être interprété comme : “disposer d’une habitation adéquate qu’une personne et sa famille peuvent posséder exclusivement (domaine physique) ; avoir un lieu de vie privé pour entretenir des relations sociales (domaine social) et avoir un titre légal d’occupation (domaine juridique)." (FEANTSA, 2007)

Tout manquement dans un des domaines amène à une situation d'exclusion du logement. Cette typologie parcourt donc toutes les situations pour laquelle une personne se trouve dans l'impossibilité d'accéderà un logement personnel, permanent et adéquat, ou de le conserver.

Par ailleurs, la typologie ETHOS a été élaborée dans un contexte européen. Son but est de proposer une définition statistiquement robuste à l'échelle européenne, qui puisse convenir et s'adapter aux politiques nationales d'aide aux sans-abri et à la diversité des contextes culturels, politiques et linguistiques de chaque État-membre (Edgar, 2012). Il revient donc à chaque pays de l'adapter aux réalités locales, en modifiant/supprimant/complétant les catégories de la définition ETHOS.

Examinons la façon dont celle-ci se construit. Comme indiqué dans le Tableau 1, elle propose quatre catégories conceptuelles d’exclusion liée au logement : les personnes sans abri, les personnes sans logement, les personnes en logement précaire et enfin, celles en logement inadéquat. Chacune d’entre elles est divisée en catégories opérationnelles. Il en existe 13 au total. Ces sous-catégories s’avèrent utiles pour l’élaboration, le suivi et l’évaluation de lutte contre l’exclusion liée au logement.

Voyons à présent chaque catégorie individuellement, ainsi que sa transposition au niveau bruxellois.

Sans abri

La première catégorie conceptuelle, les personnes « sans abri »  se subdivise en deux catégories opérationnelles, à savoir les personnes vivant dans la rue (1) et les personnes en hébergement d’urgence (2). Cela englobe donc les personnes qui ont passé la nuit dans l’espace public extérieur (rue, parcs, places, etc.) et intérieur (gares, stations de métro, halls de bâtiments publics, etc.). Dans la catégorie 2 sont comprises les personnes ayant séjourné en centre d’hébergement d’urgence ou de crise.

Sans logement 

Dans la deuxième catégorie, on retrouve les personnes « sans logement ». Sont comprises à Bruxelles les personnes hébergées dans des maisons d’accueil pour hommes seuls, femmes seules ou avec enfants et pour familles. Soit les catégories opérationnelles 3 et 4.

Nous rangeons également dans cet ensemble les bénéficiaires des services de guidance à domicile (SGAD) et des programmes de Housing First (HF). En effet, la catégorie 7, « les bénéficiaires d’un accompagnement au logement à plus long terme », est la plus appropriée de la grille pour inclure les services offerts par ces deux types d’accompagnement. La FEANTSA stipule qu’il s’agit d’un accompagnement pour ex sans-abri, au sens entendu pour personnes sortant de la rue ou de l’accueil d’urgence. Si cette description s’applique au HF, ce n’est pas toujours le cas pour les SGAD, au sein desquels les conditions d’admission divergent.

Le programme de Housing First prévoit l’accompagnement exclusif des personnes sortant des catégories 1 & 2 de la Grille ETHOS, soit d’ « ex sans-abri ». De plus, les bénéficiaires cumulent problèmes d’assuétude et de santé mentale, ainsi qu'une longue période de vie en rue. En outre, contrairement aux SGAD, ce programme prend également en charge la captation de logements ou la mise en logement dans des structures d’hébergement durable.

En outre, la deuxième catégorie ETHOS inclut également la situation de vie « l’hébergement de transition avec accompagnement". Dans le contexte bruxellois, nous pouvons appliquer cette définition aux suivis réalisés en logement de transit. Voici comment le code du logement définit le logement de transit :

"Logement destiné à un public spécifique auquel un accompagnement social est assuré et dont la durée d'occupation ne peut être supérieure à dix-huit mois".

Il s'agit donc d'un logement temporaire pour lequel le cadre légal prévoit un accompagnement social et correspond donc à la définition de la catégorie opérationnelle (4).

Dans la catégorie ‘sans-logement’ sont également comprises les personnes en hébergement pour immigrés (5). Dans le cas de Bruxelles, cette catégorie est celle qui correspond vraisemblablement aux centres d’accueil pour demandeurs d’asiles. Suite à la crise de l’accueil et ses liens avec l’aide aux personnes sans abri, il nous a paru important d’impliquer le secteur de l’aide aux migrants/demandeurs d’asile afin de récolter également un maximum de données à ce sujet.

Les personnes sortant d'institutions (6) sont également à inclure dans cette catégorie. Pour les institutions pénales, cela correspond aux personnes bénéficiant du « kit de sortie ». L'objectif de ce kit est d'octroyer aux détenus les plus précarisés, au moment de leur libération, des moyens pour s'organiser durant les trois premiers jours qui suivent leur sortie du milieu carcéral. La distribution de ces kits a débuté en avril 2012. Ce sont les directions des prisons bruxelloises qui sont chargées de les distribuer selon deux critères définis : ne pas posséder plus de 100€ au moment de la libération, et être dépourvu d'un point de chute à la sortie.

Logement précaire

Dans la troisième catégorie, les personnes en logement précaire, sont comprises les personnes provisoirement hébergées dans leur famille et chez leurs amis, ne disposant pas d’un bail locatif formel ou occupant illégalement des bâtiments ou des terrains (8). Il s’agit du groupe le moins connu (zone grise). Il n’existe pas de données officielles pour cette catégorie à Bruxelles. Néanmoins, la pré- et post-enquête que nous conduirons cette année tentera d'apporter une première estimation prudente.

La même chose est valable pour les catégories conceptuelles ‘personnes menacées d’expulsion’ (9) et ‘personnes menacées de violences domestiques’ (10). La Strada n’a pas accès à des chiffres ou des recueils de données officiels.

Logement inadéquat

La quatrième catégorie conceptuelle, les personnes en logement inadéquat, comprend pour le cas de Bruxelles les personnes en structures d'hébergement non agréées (SHNA), hébergées par des communautés religieuses et en occupations négociées (personnes vivant dans des structures provisoires ou non-conventionnelles - 11).

On entend par SHNA, les structures offrant un hébergement payant pour sans-abri, qui ne sont ni agréées ni reconnues et qui, dès lors, ne reçoivent pas de subventionnement et ne sont pas soumises au respect de certaines dispositions obligatoires à prendre en matière d'hébergement pour sans-abri. Les SHNA sont tantôt des services à but non lucratif, tantôt des sociétés commerciales aux pratiques correctes pour les unes, inquiétantes pour les autres, présentant certaines lacunes.

Cette catégorie (11) comprend également les personnes hébergées provisoirement par ou via des communautés religieuses, que ce soit dans un bâtiment à fonction confessionnelle (comme une église, par exemple) ou dans des bâtiments gérés par l'instance ou la communauté religieuse responsable.

Toujours dans cette même catégorie 11, on trouve une 3ième catégorie opérationnelle qui comprend les occupations négociées, reprises depuis 2013 dans le Code bruxellois du Logement. Celles-ci peuvent être définies comme des occupations de logements vides moyennant la signature d'une convention d'occupation précaire et temporaire. Celle-ci prévoit une rétribution d’ordre symbolique et la prise en charge d'un encadrement par une association, sur base d’un modèle participatif, communautaire et solidaire, de manière à favoriser l’accès au logement pour des personnes en état de précarité (comme le projet Leeggoed, par exemple). Cette convention est signée entre locataire et propriétaire ou bailleur, que ce soit d'un logement social, public ou privé. La Fédération Bruxelloise de l'Union pour le Logement (Fébul) est reconnue depuis 2014 dans son rôle de négociateur avec les propriétaires et pour son expertise en matière d’encadrement et de méthodologie pour soutenir les associations lors de tels projets. Nous contactons les occupations négociées (déjà plus d’une dizaine) pour obtenir les nombres des personnes qui y vivent.

Ensuite, la catégorie conceptuelle "logement inadéquat" comprend également les individus dormant en squat, ce qui correspond à la catégorie opérationnelle des personnes en logement indigne (12). Par squat, il faut entendre logements inhabitables occupés qui peuvent être à l'abandon ou définis comme impropres à être habités par la législation. Il peut également s'agir d'une occupation illégale d'un terrain ou d'un logement. Ce sont des personnes pour lesquelles les conditions de vie sont à peu près les mêmes que celles dormant en rue, du moins en termes de précarité. L'accès aux chiffres d'hébergement en squat est difficile et n'est possible que de manière implicite, via les informations glanées par les travailleurs sociaux de l'aide aux sans-abri. Néanmoins, il nous est malheureusement impossible d'obtenir les données d'hébergement de la totalité des personnes vivant en squat et nous sommes irrémédiablement contraints à fournir un chiffre sous-estimé.

Enfin, nous ne disposons pas des chiffres pour les personnes vivant à Bruxelles dans des conditions de surpeuplement sévère (13).

Résumé

Le dénombrement 2016 reprend 8 des 13 catégories opérationnelles de la typologie ETHOS. Les chiffres et informations se rapportant aux services de guidance à domicile, le housing first et les logements de transit sont présentés à titre complémentaire.

Le tableau repris ci-dessous donne un apperçu des différentes situations de vie pour lesquelles la Strada tente de rassembler dans le cadre du dénombrement autant de données de qualité que possible. Pour cela, nous utilisons une version simplifiée de la typologie ETHOS, adaptée au contexte bruxellois. Les couleurs se réfèrent à l’origine des données: bleu pour le dénombrement nocturne, jaune pour les structures d’hébergement, vert pour la pré- et post-enquête, gris lorqu’il n’y a pas de données disponibles.

Tableau 1 - Typologie de l’exclusion liée au logement ETHOS – version simplifiée et adaptée au contexte bruxellois.

 

Catégories opérationnelles

Situations de vie

Catégories conceptuelles

1

Personnes vivant dans la rue

- Espace public intérieur (stations, gares) et extérieur

SANS-ABRI

2

Personnes en hébergement d’urgence

- Accueil de nuit et Centres d’accueil d’urgence ou de crise

3

Personnes en foyer d’hébergement pour personnes sans-domicile

- Maisons d'accueil pour hommes/familles

SANS LOGEMENT

- Logement de transit avec accompagnement

4

Personnes en foyer d’hébergement pour femmes

- Maisons d’accueil pour femmes avec ou sans enfants

5

Personnes en hébergement pour immigrés

- Secteur de l'aide aux migrants/réfugiés

6

Personnes sortant d’institutions

- Institutions pénales, kits de sortie

- Institutions médicales

Quelques chiffres disponibles

7

Bénéficiaires d’un accompagnement au logement à plus long terme

Habitat accompagné pour ex-sans-abri:

- Services de Guidance à Domicile

- Housing First

8

Personnes en habitat précaire

- Provisoirement hébergées dans leur famille/chez des amis.

- Sans bail locatif formel (pas squats)

- Occupation illégale de terrains

LOGEMENT PRÉCAIRE

Pré- et post-enquête

9

Personnes menacées d’expulsion

Chiffres non disponibles

10

Personnes menacées de violences domestiques

- Incidents enregistrés par la police.

Chiffres non disponibles

11

Personnes vivant dans des structures provisoires/ non- conventionnelles

- Structures d’hébergement non-agréées

LOGEMENT INADEQUAT

- Occupations négociées

- Communautés religieuses

12

Personnes en logement indigne

- Squats

Sous-estimation du nombre réel

13

Personnes vivant dans des conditions de surpeuplement sévère

Chiffres non disponibles

Planification et sollicitation du/des secteur(s)

Mobilisation des partenaires

La première étape du travail consiste à inviter les services d'aide aux sans-abri bruxellois et partenaires à participer à cette grande récolte de données, tout en rappelant les objectifs et le bien-fondé de la démarche. Par le biais de mailings et l’organisation de moments d’information, nous expliquons les différentes phases préparatoires (comme l’identification des lieux fréquentés), le déroulement des dénombrements et des enquêtes ainsi que les formulaires à remplir.

Les différentes organisations concernées sont préalablement contactées par la Strada pour leur demander de bien vouloir transmettre leurs données. Les travailleurs des services (d'aide aux sans-abri, d’aide aux migrants/demandeurs d’asile et d’autres secteurs amenés à côtoyer régulièrement les sans-abri dans leurs pratiques) ou simplement des militants bénévoles sont sollicités pour participer au comptage. Les pouvoirs locaux (communes et CPAS) aussi sont bien-entendu informés. Nous leur demandons de donner l’autorisation à leurs services de participer à ce recensement (ou à sa préparation). Etant donné le nombre élevé de zones à parcourir, nous faisons également appel aux volontaires de la Croix Rouge.

Données des structures d'hébergement

Des structures d'hébergement et d’accueil résidentiel (centres d'accueil de nuit, centres d’hébergement d’urgence ou de crise, maisons d'accueil, structures d'hébergement non-agréées, occupations négociées, structures et initiatives pour demandeurs d’asile etc.) sont préalablement sollicitées afin de transmettre le nombre d'hommes, femmes et enfants de moins de 18 ans qu'ils hébergent la nuit du dénombrement. Des formulaires leur sont envoyés à l'avance - par l’intermédiaire des fédérations - et sont transmis complétés au Centre d'appui, chargé de rassembler toutes ces informations.

Les communautés religieuses ainsi que les hôpitaux bruxellois sont, eux aussi, mis à contribution pour la transmission du nombre de personnes sans abri hébergées, admises par les urgences ou hospitalisées dans leurs établissements.

L’indentification des endroits fréquentés

Le dénombrement nocturne est effectué dans les dix-neuf communes de la région de Bruxelles-Capitale. Il est cependant impossible de parcourir l’ensemble des lieux publics, rues et parcs à Bruxelles en une heure de temps.La Strada fait appel à l’expertise et la connaissance des services et travailleurs sociaux impliqués pour identifier préalablement les lieux fréquentés en soirée par des personnes sans abri. Il est crucial que cette identification des lieux se fasse dans le mois qui précède le dénombrement, de façon à ce que les informations transmises soient les plus actuelles possibles et soumises à des conditions météorologiques proches de celles du dénombrement. Ce travail d’identification doit concerner uniquement les lieux occupés par des sans-abri à une plage horaire proche de celle pendant laquelle le dénombrement est conduit, afin que seuls les endroits où des personnes sans abri passent véritablement la nuit ne soient repérées. En effet, beaucoup de personnes passent leur journée en rue (par exemple pour faire la manche), puis quittent l'espace public le soir pour rentrer soit chez eux, soit dans la structure d'hébergement qu'ils occupent à ce moment donné.

À Bruxelles, ceux qui détiennent ces informations sont principalement les services de travail de rue. Ils sont sollicités de manière privilégiée afin d’identifier les lieux où dorment les personnes sans abri. Bien que les travailleurs de rue possèdent une plus grande expertise concernant ce repérage, cela n'empêche pas d’autres services, voire des particuliers, d'identifier des endroits de leur connaissance occupés de nuit par une personne sans abri. C'est une pratique courante pour les travailleurs de rue professionnels de s'appuyer sur des regards citoyens.

Une fois les différents lieux identifiés, nous procédons à leur cartographie. Ensuite, nous procédons à un quadrillage "logique" de la Région de Bruxelles-Capitale autour des regroupements de lieux qui se dégagent de la carte. Nous partons du principe que les zones émergeant de cette cartographie doivent se situer dans le pentagone et être parcourables en une heure à pied ; et hors-pentagone, en une heure à vélo ou en voiture.

Parallèlement à cela, d'autres contacts sont établis avec des acteurs des transports publics bruxellois susceptibles de participer ou de nous aider à la réalisation de ce dénombrement. Ainsi, la STIB et la SNCB sont invitées à référencer les stations et gares dans lesquelles elles constatent une présence récurrente de personnes sans abri en soirée. Il leur est également demandé de mettre leurs agents de sécurité à contribution dans leurs gares/stations respectives. Enfin, les sociétés de parkings (Q-Park et Interparking) bruxellois participent également en référençant les parkings dans lesquels des personnes sans abri trouvent refuge, et en permettant l'accès à ces parkings la nuit du dénombrement.

Le dénombrement nocturne

La méthode du dénombrement nocturne consiste en un comptage des personnes dormant dans l’espace public extérieur (rue, parcs, etc.) ou intérieur (gares, stations de métro, hall d’immeubles publics, etc.). Sa réalisation entraîne la mobilisation de nombreux agents bénévoles "compteurs" réunis pour la circonstance. Nous faisons appel à des compteurs ayant une connaissance (approfondie ou partielle) préalable du public sans abri. Ce prérequis permet de dépasser les représentations hasardeuses et les idées préconçues qui existent autour de ce public. Les équipes de compteurs sont composées de compteurs experts (comme, par exemple, travailleurs de rue et des maraudes) et novices (plus ou moins familiarisés avec ce public). Une fois les équipes constituées, nous leur attribuons une zone à dénombrer en tenant compte de leurs préférences, de leurs contraintes, de leurs moyens de locomotion et de leurs connaissances de la ville de Bruxelles.

Le soir du dénombrement, l'ensemble des bénévoles (ils ne sont pas dédommagés par la Strada) est attendu à un point de rendez-vous commun, trois heures avant le début du comptage. Ce rassemblement permet aux compteurs de prendre connaissance de leur zone et des autres compteurs constituant leur équipe. La méthode utilisée lors du comptage en rue leur est expliquée par le biais d'une présentation réalisée par le Centre d'appui. Chaque équipe reçoit une carte personnelle avec les limites géographiques de sa zone de comptage et la liste de points de passage obligés. Il leur est demandé de parcourir au minimum tous ces points correspondant à des lieux de l'espace public identifiés comme fréquentés par une ou plusieurs personnes sans abri. Au maximum, ils parcourent l'entièreté de leur zone. À aucun moment, ils ne peuvent prendre en compte les personnes sans abri hors de leur zone, même s'il s'agit d'une zone limitrophe, et ce, afin d’éviter les doubles comptages.

Par ailleurs, il est demandé à chaque compteur de signer un ‘engagement moral’, visant à garantir le respect et la dignité des personnes à la rue. Celui-ci garantit qu'aucune personne à la rue ne soit réveillée ou dérangée. Il assure également le respect de certaines clauses de confidentialité, veillant ainsi à ce qu'aucune information relative aux lieux recensés ne soit divulguée hors du cadre du dénombrement.

Ensuite, chaque équipe se rend dans sa zone pour y dénombrer les personnes en rue entre 23h et minuit. L'opération se termine par le retour (d’au moins un membre) des équipes au point de rendez-vous pour restituer les formulaires complétés. Chaque formulaire est ensuite parcouru par un travailleur de l'équipe du Centre d'appui, et par un compteur de la zone correspondante afin de garantir la lisibilité et la fidélité des informations récoltées. Les données sont ensuite encodées dans une base de données puis soumises à analyse.

Ajoutons que le dénombrement nocturne est un moment réservé aux personnes appartenant au secteur travaillant avec des sans-abri. Nous n'y acceptons pas la présence de journalistes, soucieux de ne pas faire du dénombrement l'objet d'un engouement médiatique déplacé.

La pré- et la post-enquête

Afin de consolider et vérifier les résultats du dénombrement et afin de d’obtenir un tableau plus complet des différents types de situations de vie, nous conduisons préalablement (deux semaines avant) et le jour suivant le dénombrement une enquête dans le cadre des centres d’accueil de jour, de l’accueil d’urgence et du travail de rue.

Lors de la pré-enquête, nous cherchons à avoir accès à quelques variables sociodémographiques, l’utilisation de services sociaux et les lieux de vie de la nuit précédente et des 7 nuits antérieures. Nous utilisons pour cela le questionnaire du dénombrement de 2010 qui est adapté au public cible3. Les entretiens sont menés de manière ouverte et empathique. Les résultats de cette enquête livrent des informations supplémentaires pour identifier les points prioritaires et délimiter les zones. Ils nous permettent également de mieux appréhender les différentes catégories et situations de vie.

La post-enquête poursuit un double objectif. D’une part, obtenir une deuxième distribution des différentes situations d'absence ou de mal-logement, à comparer avec celle obtenue lors du dénombrement. D’autre part, estimer le nombre de personnes qui n'auraient pas été comptées pendant le dénombrement. La parole est ainsi donnée à des experts de vécu.

Son élaboration s'est faite en concertation avec les services d'accueil d'urgence, d'accueil de jour et de travail de rue. Ils furent sollicités pour discuter et fixer les modalités de cette post-enquête, mais aussi pour faire passer le questionnaire de post-enquête auprès de leurs usagers. En effet, ces types de services côtoient en journée des personnes sans abri susceptibles de ne pas bénéficier d'un hébergement ou d'un abri dans la nuit du dénombrement.

Nous souhaitons intégrer un maximum de ces services à l'élaboration des questionnaires afin de pouvoir brosser une image aussi complète que possible de la diversité des personnes sans abri et mal logées et leurs besoins en région de Bruxelles-Capitale.

4 Liste complète des partenaires ayant participé au dénombrement 2014

  • Experts de vécu : Bij Ons, 123 Logement, ...
  • Associations et services d’aide aux sans-abri : Abaka, Accueil Montfort, AMA, le Centre Ariane, la Fédération BICO, Bij Ons, BPA, BWR, CAW Brussel – Albatros, CAW Brussel – De Schutting, CAW Brussel – Hobo, CAW Brussel – Puerto, CAW Brussel- Vrienden Van Het Huizeke, CAW Brussel – Woonbegeleiding, Chèvrefeuille, Centre de Prévention des Violences Conjugales et Familiales, Chant d’Oiseau/Vogelzang, Consigne Article 23, Diogènes, Dune, Fami-Home, FEANTSA, Foyers d’Accueil, Foyer Georges Motte, Front Commun des SDF, Habitat et Logement, Home Baudouin, Home du Pré, Infirmiers de Rue, Het Anker, Huis Van Vrede, Ilot, Jamais Sans Toit, Latitude Nord, La Fontaine, La Maraude de Saint-Josse, La Source, Les Biscuits, Les Copains du P’tit Bitume, Leger Des Heils (Foyer Bodeghem et Habitat Accompagné), Le Relais, Les Petits Riens, Lhiving, Maison d’Accueil Escale, Maison Rue Verte, Maison de la mère et de l’enfant, Nativitas, Pag-Asa, Porte Ouverte, Opération Thermos, Pierre d’Angle, Pigment, Talita, Transit, Trois Pommiers, ‘t Sbijboontje, Samusocial de Bruxelles, S.Ac.A.Do, SOS Jeunes et Un Toit à Soi.
  • Services publics : Bruxelles-Environnement, les CPAS d’Etterbeek, de Saint-Gilles et de Schaerbeek, HERSCHAM, l’Hôtel Social de Molenbeek, les parlements bruxellois et flamand, les services de prévention des communes de Schaerbeek, Etterbeek, Jette, Saint-Gilles, Woluwe Saint-Pierre, Woluwe Saint-Lambert et Ixelles, la SNCB et la STIB.
  • Associations et services de secteurs connexes : 123 Logement, AIBrux, Aquarelle, Avocats en droits des étrangers – cabinet à Saint-Gilles, Bravvo, Centre gériatrique d’Ixelles, CIRE, Collectif de Santé La Perche, la Croix-Rouge de Belgique, Fraternité Saint-Nicolas, Les hôpitaux de Bruxelles (IRIS, Chirec, Saint-Luc, Saint-Jean, etc.), Humanity Help Team, La Poudrière, Maison Médicale Asaso, MASS, Médecins du Monde, Medimmigrant, Recyclart, Samenlevingopbouw, de Schakel, Résidences Welkom et Gai Logis, Résidence Leïla, Résidence La Forêt, Poverello, SASB, SMES, SMES-Europa, Unités pastorales de Bruxelles, l’ULB, l’ULG et le Vicariat de Bruxelles.
  • Sociétés Privées : Interparking et Q-Park.

> Plus d’une centaine de services ont aidé d’une ou de plusieurs des façons suivantes :

  • identification des lieux
  • participation au dénombrement nocturne
  • transmission des chiffres d’hébergement
  • réalisation de la post-enquête

> Plus de 160 volontaires ont compté lors du dénombrement nocturne dans les 19 communes bruxelloises et dans l'aéroport de Zaventem.

1 FEANTSA: Fédération Européenne des Associations Nationales Travaillant avec les Sans-Abri

2 Disponible à partir de cette page : http://www.feantsa.org/spip.php?article121&lang=en

3 Pour établir les questionnaires la Strada s’est fortement basé sur des études menées par l’INED en France, des travaux de Maryse Marpsat, les travaux réalisés par la Feantsa, le rapport de Cécile Brousse de l’INSEE pour l’Eurostat et du rapport de Edgar et al. du Joint Centre for Scottish Housing Research sur les possibilités de mesures des sans-abri à l’échelle de l’Union Européenne.